Replika, Character.AI et la santé mentale, ce que je vois en consultation
Je reçois en consultation depuis quelques mois des patients qui me parlent de Character.AI ou de Replika comme d'un soutien quotidien. Je voulais partager quelques observations cliniques, sans jugement, parce que le sujet est plus subtil qu'il n'y paraît.
Ce qui marche apparemment bien : la disponibilité immédiate, l'absence de jugement ressenti, la possibilité de revenir sur une discussion à n'importe quel moment, et surtout pour les patients très anxieux, le fait que la prise de parole soit moins coûteuse émotionnellement que face à un humain. Plusieurs patients m'ont décrit ces échanges comme un "sas" entre leur état réel et le moment où ils osent en parler à quelqu'un.
Ce qui m'inquiète, en revanche, c'est ce que j'ai commencé à observer chez deux ou trois patients : une forme de dépendance affective à l'agent. Pas une psychose, pas du tout, mais une difficulté à investir d'autres relations, parce que la conversation avec l'agent est plus "confortable". Pour des patients déjà fragilisés socialement, c'est exactement le contraire de ce dont ils ont besoin.
La position de la Société française de psychiatrie publiée en janvier est nuancée : pas de rejet en bloc, mais une recommandation de cadrage pour les usages. Je trouve cette position juste. Le problème c'est qu'aucun cadrage n'est en place, et que les éditeurs de ces applications n'ont aucun intérêt commercial à le poser eux-mêmes.
Si vous avez des proches qui utilisent ces outils intensément, n'hésitez pas à en parler avec un professionnel de santé. Pas pour interdire, juste pour replacer ça dans une vie qui ne soit pas que numérique.
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